Je n’arrête pas d’y penser, c’est là et sans être obsédant, je dois l’extirper de moi. Ça vient de loin, d’avant et de toujours, depuis des années. Je dois l’extirper sinon je rumine.
Je dois absolument le partager avec vous, même confusément, même en fatras. Est-ce que j’espère un retour ? Certes… Pouvons-nous faire de ce réseau social autre chose que le déversoir de nos frustrations, désirs, peines, joies, bouffes, apéros, questions, photos floues, … ?. Et tous ces experts en politique, fric, buzz ?. Et toutes ces bonnes âmes qui aident leur prochain ?. … Que savons-nous exactement de notre proche environnement ?.
Avant-hier, je ne suis pas allée à une réunion
En déplacement, choix d’un train qui convienne à mon rythme de vie, agressions verbales de monsieur « je sais tout », ennui annoncé, la militante qui est de tous les combats, mais reste déconnectée de ta réalité et de celle de tant de personnes, toujours dans le calcul « politique » ; une réunion essentielle dont l’essentiel ne sera pas. Pourtant des professionnels du prochain seraient là et pourtant j’apprécie leur parcimonieux partages de nouvelles.
Si je pariais avec moi-même, je crois bien, que je m’étoufferais sous des montagnes de chocolat qu’une vie ne suffirait pas à manger mais que je partagerais avec tous du coup !.
Strasbourg a tué la poésie
La poésie et son petit air « sauvage », son goût léger de liberté, l’envie soudaine de faire une balade, de simplement se poser sur un banc et rêver.
Strasbourg a peur, elle est sale et la nuit, des gens bizarres circulent … Je l’ai lu sur les réseaux.
Voilà l’image que quelques personnes diffusent, certaines y croient peut-être, beaucoup se répandent sur le sujet, tous ont un avis. Derrière ce genre d’image c’est un quartier qui est visé. Souvent proche d’une gare, « on » y a concentré les associations « d’aide », d’« accompagnement » pour les personnes précaires. La ville a toujours exclu, repoussé, parqué, canalisé jusqu’à ce que les riverains arrivent avec des revendications. Avec la pluie, le riverain est l’ennemi du pauvre qui est visible, parce que celui qui est « invisible » on peut encore le supporter. Le riverain veut vivre avec du beau sous les yeux, le sien, car le pauvre n’a aucun goût, aucune idée du vivre ensemble, le pauvre n’est rien. Le riverain milite vraiment beaucoup pour le beau, le bon, le partage : contre les pauvres visibles, les crottes de chiens, les mal garés, le bruit du voisin, celui de la rue, l’écologie, le vivre ensemble, la démocratie et toutes ces images, … Le riverain milite contre la vie légère, mais pour le bien du collectif. Tout doit être ainsi qu’il le décrète avec parfois beaucoup de compassion d’ailleurs pour le pauvre. C’est rare parce qu’il faut bien l’avouer, le pauvre et le vivre ensemble c’est difficile à unir. Dès qu’une discussion est lancée, il y en a qui nomment cela une polémique, arrivent alors les « supers riverains ». Le super riverain est terrible ! Celui-là, a un bien ; un commerce, une boutique, un héritage ou simplement un nom. Et là, avec ce soutien de poids arrive, immanquablement « l’élu ». Pour les pauvres qui ne savent pas toutes les étapes, la fureur, la haine, le rejet, le dégoût exprimés librement sur les réseaux, lorsque la sanction arrive, ce n’est jamais une surprise.
Quand tu es un habitant méprisé de Strasbourg chaque jour, tu vis ce mépris jusqu’au plus profond de ton âme, alors une saloperie de plus, ça ne se compte plus ; mais ça fait mourir lentement, ça touche au cœur, ça brise l’espoir. Tu sais que ta ville se construit, s’urbanise, se développe sur le vivre ensemble, devient inclusive, …, mais sans toi.
Chaque jour, tu dois te taire, ou alors tu dois dire autrement, tu remercies pour l’aumône, baisse les yeux. Alors qu’en réfléchissant un peu, notre seul tort dans cette ville est d’être pauvres et d’être prisonnier de cette misère, prisonnier d’inconnus qui font de ta vie de misère ce qui peut les enrichir.
Alors, déconfusénons-nous et venons-en à cette réunion où je ne suis pas allée.
Des choses formidables ont été faites et la preuve, regardez, tout (TOUOUT) l’argent que nous avons dépensé ; suivent des bilans, des chiffres, des camemberts, des nombres qui sont difficiles à trouver, à vérifier ; c’est par ci et par là, par petites touches dans des administrations, des sites éclatés, sous un onglet planqué. A Strasbourg la transparence est un crédo très respecté mais la cohérence du regroupement des infos n’est pas dans l’article alinéa 2, ni 3, ni rien. Nulle part ; pauvres et informations relégués ensemble dans le néant.
Mais je m’égare. A cette réunion, devant des militants, il a été dit ceci : « on ne va pas dépenser plus pour ces gens-là », Niet, il n’y aura ni petit déjeuner, ni déjeuner pour le projet d’accueil de nuit, les horaires d’ouvertures des lieux sont à la convenance des associations, … Un militant « nous pourrons héberger pour DEUX mois », même les élus ont trouvé ça un peu juste, allez va pour six !. En six mois le pauvre devra rentrer dans le cahier des charges qui porte bien son nom de « charge », il rentrera dans un rythme pensé par des militants et des élites. Il deviendra derrière les bons sentiments une charge en règle contre le pauvre, contre la démocratie.
Le puzzle.
C’est la seule image qui me vienne à l’esprit. Un bout de toit pour quelques mois pendant que le suivant attend. Pour manger il se démerde avec les distributions de rue, si les horaires entre le réveil dans un lieu et l’ouverture d’un lieu à petit déjeuner ne coïncide pas, il faudra penser à le signaler, l’été les associations ferment et l’hiver une multitude de maraudes se créent. Pour les papiers il faut de plus en plus être connecté, vous avez vu ces SDF et leur téléphone ?.
Qui es-tu toi que l’on désigne sous trois lettres pour que tout ce qui concerne ta vie soit décidé par d’autres qui te méprisent, ou qui ont pitié ou par des ambitieux ?.
Monique Maitte
24/05/2017

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